Chorégies d’Orange: chanter avec son coeur sans se prétendre diva – Stéphanie Esposito – Juillet 2008 – pour laprovence-presse.fr

Mars 2007

Chorégies d’Orange: chanter avec son coeur sans se prétendre diva

Marcelo Alvarez sera Don José dans “Carmen”, les 12 et 15 juillet aux Chorégies d’Orange

Il est Argentin, mais il parle comme un Italien. Avec les mains. Des mains qui expriment les émotions de Don José, le personnage qu’il incarne dans Carmen.

“J’aime beaucoup ce rôle, dit Marcelo Alvarez, l’évolution du personnage est intéressante. Au cours du dernier acte, il y a quatre Don José, quatre couleurs différentes. Le jaloux – il a besoin de posséder quelque chose et tout lui échappe -, celui qui implore, celui qui a du caractère et arrive en disant  “Oui, c’est moi…”. Et puis l’assassin.”

Quand Marcelo évoque “l’explosion” de Don José, c’est lui-même qui explose, se lève, s’expose… En première ligne, et “c’est une joie”, dit cet artiste de 46ans.

En à peine un an, il a chanté Don José 35 fois, notamment au Théâtre du Capitole de Toulouse, au Metropolitan Opera de New-York et au Covent Garden de Londres. “Avec ce rôle, j’ai appris énormément“, souligne Marcelo, qui avoue aussi sa passion pour les voitures (Porsche et Maserati en particulier) et la musique des années 1980 (“Pink Floyd, c’est génial !”).

Et pour en revenir à Don José, il note qu’il lui a apporté “un lyrisme que je ne trouve pas forcément dans le répertoire français.” D’ailleurs, avec Michel Plasson à la direction musicale, Marcelo Alvarez a travaillé sur une manière de chanter la plus intime possible.

Et avec Nadine Duffaut qui, cette année, met en scène Carmen aux Chorégies, Marcelo se sent “en phase” : “Sa vision me correspond tout à fait. Pour elle comme pour moi, Don José n’est pas du tout un héros. Je crois que c’est un homme plutôt timide, qui n’a pas de grande personnalité. Il est très doux, très gentil…”

Un aspect du personnage qu’il livrera aussi sur la grande scène orangeoise, où les artistes sont libres, et c’est bien ainsi.“Souvent, les metteurs en scène font des caprices mais ici, ce n’est pas le cas. J’apprécie beaucoup cette manière de travailler.”

Pour Marcelo, qui a commencé à étudier le chant en 1992 après avoir été propriétaire d’une usine de meubles pendant quinze ans, l’humilité est essentielle, naturelle. “Depuis douze ans, ma conception n’a pas changé. Ce qui me porte, c’est le désir de chanter pour le public. Aujourd’hui, je ne me prends pas pour une diva; ma carrière, c’est un don de Dieu.” 

Et autant qu’il parle avec les mains, Marcelo Alvarez chante avec son coeur. Qu’il ouvrira très grand dès le 12 juillet, pour l’ouverture des Chorégies.

PRATIQUE Dimanche, 10h30, messe à la cathédrale, avec Ermonela Jaho (la Micaëla de “Carmen”). Les 12 et 15juillet, 21h45, “Carmen” , au Théâtre antique.

Béatrice Uria-Monzon est Carmen

“Ça n’a rien d’extraordinaire de chanter Carmen plus de 250 fois et toujours avec plaisir. Vous n’avez jamais fait quelque chose 250 fois, comme… manger du chocolat ?” Nouveaux partenaires, nouvelles mises en scène… Béatrice Uria-Monzon ne saurait se lasser du rôle de Carmen, à laquelle elle ne s’identifie pas. Tout simplement, “je la comprends”, dit-elle. 

“Et quelles que soient les femmes que l’on interprète , il faut les aimer. Carmen, j’essaie de voir en quoi elle me ressemble…” Béatrice Uria-Monzon, Carmen idéale ? “Je n’ai pas cette prétention-là”, répond l’artiste. “J’ai pris la base, Mérimée, Bizet, c’est tout. Et je suis tellement heureuse que Nadine Duffaut nous guide dans cette mise en scène ! Mon personnage ne peut exister que s’il est cohérent avec Nadine et Don José. Avec Marcelo, on a compris ce qu’elle voulait et on a improvisé des choses.”

Comme lui, elle apprécie cette “liberté dans le cadre”. Pour Béatrice, Nadine Duffaut “rend l’oeuvre lisible” et avec Marcelo, la chanteuse “se sent très en sécurit锓Si je propose quelque chose, je sais qu’il va réagir, il est très présent.”

Par Stéphanie Esposito ( orange@laprovence-presse.fr )